Sélection de dossiers

Cette page contient un échantillon de la richesse des archives coloniales de Côte d’Ivoire présentes à Abidjan.

 

Traité avec « le roi et les chefs d’Assinie » (4 juillet 1843) 2EE6

Ce traité s’inscrit dans la tradition coloniale d’Ancien Régime avec la création d’un « comptoir fortifié » : ces traités portent sur les questions d’installation de concessions coloniales (point fortifié et cession foncière), de pacte politique avec des pouvoirs locaux, et de franchises commerciales coloniales.

En 1843, le roi Amon Ndoufou et les autorités du Sanwi signent un traité avec le lieutenant de vaisseau Fleuriot de Langles, fondé de pouvoir du gouverneur du Sénégal colonial, Bouët. De ce traité naît le fort de Grand-Bassam, tête de pont de la présence française en Côte d’Ivoire. Entre 1852 et 1853, une nouvelle vague de traité est signée.

Au lendemain de la conférence de Berlin (1884-1885), le sous-secrétariat d’État aux Colonies de la IIIe République procède à la compilation et à la ratification des traités antérieurs dans la course à l’Afrique : il s’agit ici de la copie du traité établie après ratification du 10 juin 1887.

 

Traité conclu avec le pays de l’Abron et du Bondoukou (13 novembre 1888) 2EE6

Ce traité s’inscrit dans le cycle de traités signés en Afrique de l’Ouest lors de la « course au clocher » lancée par le congrès de Berlin (1884-1885). En Côte d’Ivoire, Treich-Laplène, investi par le gouvernement français de missions d’exploration puis d’administration, en est le premier acteur.

Il organise ses expéditions sur la base de la première cartographie construite par les traités antérieurs. Il se lance à partir de 1887 dans une course aux traités à l’intérieur du territoire, avec l’aide de son alliance Sanwi. S’il meurt en 1890, ses initiatives ont cependant posé les jalons qui permettent à son successeur, Binger, de créer officiellement la colonie de Côte d’Ivoire par le décret du 10 mars 1893.

Le traité conclu le 13 novembre 1888 avec Adjimini, roi de l’Abron et de Bondoukou, participe au tracé de la frontière avec le Ghana britannique.

 

Carte de reconnaissance du pays Baoulé (1904) 1EE31-34

 « La géographie ça sert, d’abord, à faire la guerre » (Yves Lacoste). L’établissement de cette carte topographique par une mission d’exploration française correspond aux opérations de conquête, dites de « pacification » dans le vocabulaire colonial, entre 1901 et 1904 en pays Baoulé.

Dès 1901, le gouvernement colonial engendre des résistances armées à la suite de la création de l’impôt par capitation et de la déclaration de guerre aux Baoulés. Entre négociation, compromis et répression militaire, le gouverneur Clozel impose l’autorité coloniale dans le cercle Baoulé. Afin de pouvoir le contrôler au plus près, le cercle Baoulé est divisé en 1905 en quatre circonscriptions, composant ainsi une nouvelle géographie administrative. Après cette réforme, d’autres éléments viendront compléter la panoplie de contrôle colonial du pays Baoulé.

 

Serment de concorde d’Amon Azemia (affaire du Sanwi, 1907) 2EE6

Au début du XXe siècle, une série de crises éclate à la tête de la royauté Sanwi. L’affaire du Sanwi, avec ses querelles de succession, est révélatrice des relations d’hégémonie politique entre le pouvoir colonial et les autorités pré-coloniales en Afrique de l’Ouest. Elle illustre les rouages du gouvernement colonial indirect et donne à voir les royautés et chefferies dans leurs rapports de force.

L’administration coloniale, qui a fait du du Sanwi le socle originel de son pacte politique en Côte d’Ivoire depuis 1843, attache une importance toute particulière à la « querelle du Trône ». Au cours de celle-ci, Amon Azémia, chef de Krinjabo s’est élevé contre le roi Boroba ; le 14 janvier 1907, l’administrateur du cercle d’Assinie, le roi du Sanwi et ses chefs reçoivent au cours d’une cérémonie officielle la soumission du rebelle. Par le serment de concordre qu’il prête au roi Boroba, selon la coutume et devant ses notables, Amon Azémia obtient le droit de revenir résider à Krinjabo, tout en devant se tenir à l’écart des palabres – c’est-à-dire à renoncer à la politique – pour prix de sa grâce.

 

Succession d’Amon Azemia (affaire du Sanwi, 1908) 2EE6

L’affaire de la succession de la chefferie de Krinjabo, la capitale du Sanwi, met en lumière l’ingénierie du gouvernement colonial indirect, lors d’une période de refus de l’ordre colonial et d’insubordination. Le choix du successeur par l’administration coloniale illustre les stratégies de de trajectoires personnelles, entre accomodement et adaptation à la situation coloniale (colonial agency)… tout en cherchant à sauvergarder les apparences dynastiques.

En 1908, dans les plis de la « querelle du Trône », l’administration coloniale procède au remplacement de l’indocile chef de Krinjabo, Amon Azémia. Le choix se porte Jean Adingra, interprète de première classe auprès de l’administration coloniale. Il incarne l’intermédiaire colonial par excellence, décrit comme un « auxiliaire indigène de choix ». Le lieutenant-gouverneur de Côte d’Ivoire assigne à Adingra, autorisé à porter son uniforme d’interprète et incité à afficher ses décorations, une mission prioritaire de remise en ordre dans le canton de Krinjabo.

L’administration sera toutefois déçue par son attitude, Adingra finissant par être condamné par la justice coloniale pour fraudes.

 

Opérations militaires en pays Abbey (1910) 1EE18-19

Ces documents sont des télégrammes et cablogrammes décodés adressés par le gouvernement colonial de Côte d’Ivoire au gouvernement général d’AOF de Dakar. Ils illustrent à la fois les insurrections et résistances ivoiriennes dès le début de la colonisation, ainsi que la mise en place des réseaux de communications coloniales, avec les systèmes de codages.

Angoulvant, gouverneur depuis 1908, adopte des méthodes restées tristement célèbres pour leur violence : il réprime sévèrement toutes les révoltes, rébellions et insurrections en Côte d’Ivoire coloniale. Parmi les différentes révoltes qui surviennent en Côte d’Ivoire au début du XXe siècle, celle des Abbeys inquiète d’autant plus le pouvoir colonial qu’elle menace directement Abidjan. Quoiqu’elle n’est pas encore capitale politique (elle ne le devient qu’en 1933), cette ville portuaire concentre déjà l’essentiel du pouvoir économique de la colonie depuis 1904.

 

Fiche de renseignement du chef Kelessi Dirasouba de Toron (1918) 2EE8

Les fiches de renseignement des chefs et autorités traditionnelles constituent un outil fondamental du gouvernement colonial indirect, qui donne à voir les stratégies permanentes d’adaptation et accommodement (colonial agency).

En Côte d’Ivoire, la première trace conservée de ces fiches concerne le pays Baoulé pour la période 1905-1909, après les premières insurrections. C’est au lendemain des grandes révoltes de 1916-1917-1918 que se développe le système de ces fiches de renseignement individuel qui se généralisent à l’ensemble du territoire colonial, avant de laisser place à des enquêtes plus générales et systématiques dans les années 1920-1930.

La présente fiche, établie en février 1918, concerne Kelessi Dirasouba, ancien compagnon d’armes de Samory Touré et chef de canton. Son autorité s’étend sur les douze villages du canton de Toron, dans le cercle d’Odienné. Aux informations familiales et personnelles, s’ajoutent des considérations sur le comportement du chef de canton, afin de déterminer son degré de fidélité aux yeux du commandant du cercle d’Odienné. Grâce à Kelessi Dirasouba, considéré comme un « chef à encourager », un compromis de gouvernement indirect local est établi.

 

Mouvement Ahmadiste en Haute-Volta (1924-1931) 5EE67

La question de « l’islam noir », selon le vocabulaire colonial typiquement francais, a engendré de grandes considérations politiques, sécuritaires et religieuses en Afrique de l’Ouest. Si l’enjeu des confréries musulmanes a vite été saisi par le pouvoir colonial, le mouvement ahmadiste (réformateur, messianique et prédicateur) a inquiété les autorités politiques et religieuses, notamment en pays Haoussa.

Ces correspondances entre le lieutenant-gouverneur de Haute-Volta et le gouvernement général d’AOF sont conservées dans le fonds d’Abidjan à la suite du rattachement de cercles de la Haute-Volta, créée en 1919, au gouvernement colonial de Côte d’Ivoire entre 1932 et 1947.

Il s’agit d’un bulletin de renseignement rédigé à la suite d’une prédication mahdiste à Tenkodogo en juillet 1931, prononcée par un marabout non identifié et rapportée par un informateur qui est lui-même marabout, membre de la confrérie Qadiryyia. Avec cette prédication, c’est toute une série de question sur l’islam sahélien qui est soulevée autour d’une éventuelle propagande ahmadiste en Haute-Volta, et plus autour des réseaux religieux Haoussa par-delà les frontières coloniales. Ces interrogations ouvrent ainsi sur une histoire connectée entre Haute-Volta, Nigeria et Gold Coast.

 

Fiche de renseignement sur le marabout Mama Sassou de Bobo Dioulasso (1932) 5EE67

Le fichier maraboutique du cercle de Bobo-Dioulasso est unique. Il constitue la description exhaustive des marabouts du cercle de Bobo-Dioulasso, établie à la faveur des enquêtes de 1922-1923 et de 1932.

À l’initiative du gouvernement général d’AOF, un service des Affaires musulmanes est créé en 1903 ; sa diffusion en AOF se traduit par la création de fichiers maraboutiques. En Côte d’Ivoire, les premières fiches conservées datent de 1917-1918. Ces archives se trouvent conservées dans les fonds coloniaux d’Abidjan du fait du rattachement du cercle de Bobo-Dioulasso au territoire de Côte d’Ivoire de 1932 à 1947.

La présente fiche est celle de Mama Sassou, ouverte en février 1932. Inspirés et adaptés des fiches de chef, les bulletins de Bobo-Dioulasso portent leur attention sur le lien des marabouts avec le clan Ouattara et sur leur attitude pendant les révoltes de 1916-1917-1918. Des portraits nuancés, parfois soumis parfois rebelles parfois insondables, s’en dégagent. Le document, avec ses cases pré-imprimés, témoigne de l’avènement d’une technologie de pouvoir de l’administration, qualifiée de gouvernement « de papier ».

Publicités